Un été caniculaire...

Un été caniculaire en fin de printemps et un débit d'été frais comme un début d'automne...

Nous avons de la peine à prévoir la météo. Nous aimons le doux soleil qui nous laisse respirer, mais qu’en est-il des végétaux ? Comment réagissent-ils face à de telles variations de températures ? 

Les plantes, bien avant toute existence animale sur terre, savaient déjà maîtriser le soleil pour vivre et nous donner de l’oxygène. La photosynthèse est la machine biologique la plus sophistiquée que nous connaissons. Il a fallu 3 milliards d’années pour transformer l’énergie du soleil en nourriture. La plante sait le faire et cela reste un mystère. 

Si nous, les hommes, savons depuis peu extraire artificiellement un peu d’énergie du soleil, la plante, elle, maîtrise naturellement ses rayons brûlants. La jeune feuille du printemps sait qu’elle va devoir affronter parfois au dessus de 40°C l’été. Elle s’y prépare en se durcissant et en économisant ses pertes d’eau. Elle ferme ses stomates, sorte de poumons, pour éviter le dessèchement ; ils s’ouvriront en soirée pour capter la rosée de la nuit qui fera circuler la sève qui la nourrira. 

Chaque feuille est composée de minuscules pores qui régulent les échanges gazeux et énergétiques pendant la photosynthèse. La plante capture un rayon de soleil tellement vite que nous ne pouvons même pas le concevoir. On appelle cela une femtoseconde, 10 puissance moins 15 secondes (10 -15). Une rapidité inouïe pour ces métabolismes qui nous paraissent si lents. La lumière est transformée en molécules de sucre qui vont circuler dans la sève (cf La Grenouille n° 6 et n° 29)

Nous avons tous remarqué comme il est agréable de se rapprocher des espaces verts bien ombragés lors de canicule. Mais tous ces espaces minéraux, bitumés « qui font propres » qui nous réchauffent quand il ne faut pas et nous glacent quand il faudrait qu’ils nous réchauffent, sont-ils bien pensés ? Un arbre planté sans réflexion peut et doit parfois être supprimé, mais un arbre coupé pour la seule raison qu’il donne trop de feuilles qui « salissent » un espace de circulation à l’automne, quand ses feuilles tombent, est-ce raisonnable ? 

Le Grillon - La Grenouille n°36 - Juillet 2017

Le champ des cigognes à Cheverny

Le lundi 20 février, un important groupe de cigognes s’est rassemblé à Cheverny.
« La Grenouille » était là aussi, qui n’avait jamais vu un tel spectacle. La cigogne deviendrait-elle un oiseau solognot ?


cigognes à Cheverny
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Un vol migratoire d’environ 70 cigognes blanches a fait étape à Cheverny. Elles rejoignent leur lieu de nidification, probablement vers le nord de l’Europe, peut-être en Alsace ? Seules quelques unes nichent en Région Centre et un grand nombre demeure en Espagne. D’une façon générale, la cigogne blanche est une espèce en voie d’expansion au niveau européen.

cigognes à Cheverny
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Cigognes à Cheverny y- Dessin Jean-Pierre Terrien

La Grenouille

La Grenouille n°35 - Avril 2017


Brève rencontre solognote

Un jour de printemps, avec sa trogne de vigogne,
Une cigogne se posa sans vergogne
Près d’une grenouille, dans un pré à Cheverny.
Fais attention à ton langage, grenouille
Car cette mère gigogne, toujours à sa besogne,
Se met en rogne, se renfrogne, grogne et cogne
Avec sa pogne si on la traite de carogne
Et d’ivrogne
Parce qu’elle vient de Catalogne
En passant par la Bourgogne.
La cigogne s’adressant alors à la grenouille
Lui tint à peu près ce langage :
« Holà, grenouille, y a t-il près d’ici, pour étancher ma soif,
Une lavogne comme dans les Causses ?
Pour mon dîner, rassure toi, je ne te croquerai pas car tu es l’amie de mon cousin le héron. »
La grenouille, apaisée, s’agenouille alors pour réfléchir et la cigogne poursuit :
« Ne m’embrouille pas avec ta tambouille
Car je ne mange pas de nouilles.
Je préfère des cornouilles ou bien des panouilles Ou encore cette quenouille de maïs que j’aper­çois au loin. »
Et sur ce la cigogne, apparemment pressée, s’envole, laissant la grenouille encore toute pan­toise de cette rencontre inattendue.

Le Héron

La Grenouille n°35 - Avril 2017

Les nids de sorcière

Melampsorella caryophyllacearum : formule magique du balai de sorcière « La rouille balai de sorcière ».
Balai de sorcière - Forêt de Cheverny
Balai de sorcière à l'entrée de
la forêt de Cheverny
Cette maladie des arbres s’explique de plu­sieurs façons : provenance de champignons, de phytoplasmes (bactéries sans paroi et dépourvues de formes spécifiques). Au prin­temps, le vent transporte les spores du cham­pignon qui se déposent et germent sur les bourgeons. Ceux-ci mutent très doucement. Le champignon envahit les tissus des jeunes pousses et y provoque un renflement que l’on peut observer à l’automne. Les rameaux des pousses infectées sont rabougris. La rouille provoque rarement la mort d’un arbre mais provoque un ralentissement de sa croissance. Sur les conifères, la maladie, par l’apparition de rameaux courts et trapus, se développe d’une façon excessive à partir d’un même point. C’est une touffe végétale qui ressemble à un nid d’oiseau ou à un gîte de rongeur. Elle sert souvent de nid pour les écureuils. On trouve le plus fréquemment
cette touffe sur des conifères (épicéa, pin douglas, abies...) et sur certains feuillus (bou­leaux, tilleuls, charmes, merisiers, érables...).

Balai de sorcière - Forêt de ChevernyOn peut concevoir des arbres nanifiés à partir « d’un balai de sorcière ».
Au début de l’automne, on prélève un rameau de la touffe, on le trempe dans des hormones de bouturage et on le plante sous chassis froid. Après une année en terre, on peut transplanter notre petit arbre nain. Les touffes, pauvres en chlorophylle, peuvent persister 5 à 20 ans. Certaines touffes perdent leurs aiguilles l’hiver, d’autres non ; il s’agirait d’infections résultant d’anomalies physiologiques…
La forme du balai de sorcière causé par la maladie a alimenté de nombreuses histoires de forêts hantées, peu fréquentables ou à découvrir. À l’entrée de la forêt de Cheverny, en direction du golf, après l’alignement des séquoias, l’un des premiers pins est pourvu d’un nid de sorcière.

Le Grillon - La Grenouille n°35 - Avril 2017



L'hiver en beauté

La gelée blanche, c’est la rosée de l’hiver. L’eau qui a fait vivre à la belle saison le vert de notre nature ressort par la présence de cristaux.

Les feuilles mortes, les chaumes, les branches des arbres, refroidissent durant la nuit beaucoup plus vite que l’atmosphère. Par temps froid et sec, la vapeur d’eau contenue dans l’air gèle ins­tantanément au contact de ces surfaces glacées. Ce sont des arborescences cristallines qui naissent et s’épanouissent en quelques heures sur ces corps aban­donnés par la vie. Dans notre région, le gel agit comme un élément déclencheur indispensable à la floraison printanière (exemple : pas de fruits à pépins si la douceur persistait toute l’année). Si la nature s’accorde une pause, c’est avant tout pour se régénérer.
Le soleil reste bas sur l’horizon jusqu’à début mars. Ses rayons de belles couleurs en soirée ont de la peine à lutter contre le froid des nuages glacés. Les bourgeons, qui sont un condensé de la plante, les ébauches des feuilles disposées par imbrication, attendent des rayons plus chauds. Au printemps, chaque feuille va investir l’espace pour développer sa fonction de capteur solaire.
Juste en regardant par la fenêtre, l’hiver vous transperce. Mais, bien couverts, quelle que soit la température, prenons plaisir à observer la nature qui vit au ralenti.
Les perce-neige, les hellébores (roses de Noël), les chatons des noisetiers qui s’allongent, les jasmins d’hiver (bien lumineux), vous donnent du courage pour faire un peu de nettoyage dans le jardin. Si vous avez la chance d’avoir un chimonanthus, un sarcococca, un viburnum ou un chèvrefeuille d’hiver, votre jardin sera parfumé jusqu’à la sortie des mauvais jours. Quel bonheur de retrouver sa maison bien chaude quand on rentre de promenade ! Pour garder son optimisme, regardons plus loin que la grisaille de l’hiver.


Le Grillon - La Grenouille n°34 - Janvier 2017

L'automne s'installe

La fraîcheur est là, on rajoute un vêtement pour bien profiter de la nature qui, elle, se déshabille doucement pour avancer vers le froid. Le soleil est moins intense, les fonctions chlorophylliennes diminuent, les plantes se mettent au repos pour s’économiser et se préserver des futurs froids. Les réserves d’amidon stockées pendant l’été dans le bois et l’écorce sont progressivement trans­formées en sucres solubles qui ont une fonction d’antigel. On profite de la période de dormance de l’arbre pour le tailler si nécessaire. Mais, quand on a bien choisi l’essence de son jardin, cette intervention hivernale devrait toujours être limitée. La taille est surtout réservée aux arbres fruitiers. Plus les températures deviennent froides plus l’état de dormance avance afin que les jeunes tissus de l’arbre ne gèlent pas. L’arbre rentre dans une lente somnolence, un état végétatif.

Cette année, on ne parlera pas de champignons en Sologne, la sècheresse n’a pas hydraté le mycélium tout comme les frelons asiatiques qui nous ont peu assaillis. Est-ce dû à la douceur de l’hiver, l’humidité du printemps ou d’un nouveau prédateur (auxiliaire) ? Les buis ont particulière­ment été dévorés cette année par les pyrales, chenilles très prolifères qui se nymphosent en petits papillons de nuit (insectes asiatiques, envahisseurs depuis 2008). On sait lutter contre cet insecte mais contre la cylindrocladiose, une maladie qui assèche et fait doucement dépérir la plante, on n’a pas véritablement de méthode de lutte très efficace. Un nouveau champignon détruit aussi nos frênes. Dans moins de 10 ans la chalarose sera présente dans notre région et doucement comme les ormes, ils se feront rares.
Ne soyons pas que pessimistes : un automne ensoleillé avec ses nouvelles couleurs apparaît lentement. Tous les passionnés du jardin vont oublier l’arrosage qui leur a pris beaucoup de temps cette année avec la canicule. Ils vont com­mencer à couper, nettoyer les vivaces et arbustes avant de s’attaquer au ramassage des feuilles.

Le Grillon - La Grenouille n°33 - Octobre 2016

Les effets d'un excès d'humidité sur la nature

Le Loir-et-Cher a connu un hiver doux (la fin décembre avait des airs de printemps) et un printemps pluvieux (se trouvant sous l’influence de dépressions, de ce fait, les épi­sodes pluvio-orageux se sont succédés et nous avons connu un temps durablement perturbé et instable).

La douceur de l’hiver n’a pas permis aux arbres et arbustes de se reposer. Le cycle étant perturbé les sujets sont plus faibles et les maladies prolifèrent (étant donné l’hygrométrie). Des champignons, des maladies se développent sans cesse sur les fruits et légumes, sur les feuilles… (blanc, rouille et mildiou). Les plantes connaissant un excès d’eau ont leur métabolisme bloqué. Avec un arrêt de l’absorption de l’azote, la photosynthèse n’opère plus, les plantes meurent ou s’affai­blissent. Les animaux sont quelque peu déboussolés par cette pluie qui ralentit les naissances ou les noie. Peu de polénisation, pas de fruits, peu de miel, des abeilles perturbées... Après un hiver doux, beaucoup d’insectes et de nuisibles se sont reproduits trop tôt et en grande quantité. 

On a pu observer cette année de nombreux arbres défeuillés par des insectes. Nos gastéropodes sont à la noce, température entre 15 et 18° C et de l’humidité de temps en temps. Limaces et escargots sont capables d’avaler la moitié de leur poids dans la nuit. Mais rassu­rez-vous, dans certaines régions de Grande-Bretagne, la population des rampants a plus que doublé (jusqu’à 1 000 limaces au m2). Dans le monde agricole, certains semis sont noyés, le sol gorgé d’eau est inexploitable, mais le principal dommage réside dans l’érosion du sol. En effet, le ruissellement de l’eau a souvent emporté la matière orga­nique et donc, la partie fertile du sol disparaît. Le recours aux engrais est souvent pratiqué pour compenser le manque de nourriture. Dans nos jardins, les fumures organiques remplaceront les engrais. Près des rivières, les alluvions recouvrent les champs d’une couche de limon qui enrichit les sols.
On a remarqué des poussées végétatives remarquables. Dame Nature nous rappelle qu’elle reprend parfois ses droits face aux nombreuses tentatives des Hommes pour tenter de la maîtriser.


Le Grillon - La Grenouille n°32 - Juillet 2016

Les cigognes voyageuses visitent Cheverny et Cour-Cheverny

L’augmentation de la population nicheuse en Europe de l’Ouest conduit à des observations de cigognes en Loir-et-Cher plus nombreuses que par le passé lors des mouvements migratoires. C’est ainsi qu’en 2013, un minimum de 815 oiseaux différents ont pu être dénombrés au printemps, dont un groupe de 70, et que 577 oiseaux ont été observés lors de la migration de retour, dont un groupe de 200. Le 29 sep­tembre 2015 dans l’après-midi, 10 à 15 cigognes ont été observées sur le bourg de Cheverny, posées sur les arbres proches de l’Orangerie et les toits des habitations adjacentes.

La cigogne blanche
La cigogne blanche
La cigogne blanche est un grand échassier d’un mètre dont la silhouette est bien connue de tous. Blancheur, bout des ailes noirs, bec rouge et démarche assurée la caractérisent. Elle affectionne les prairies préférentiellement humides à la recherche d’une multitude de petites proies vivantes qui font son ordinaire. En vol, le long cou tendu la différencie de tous les hérons qui tiennent le leur replié entre les épaules. Sa rencontre parfaitement normale à la fin du mois d’août nourrit régulièrement les commentaires sans fondement sur la sévérité de l’hiver à venir…

Car la cigogne blanche, dans nos communes comme dans tout le département, n’est que de passage. Le passage printanier est centré sur avril et voit les oiseaux rejoindre leurs lieux de nidification plus au nord. La lec­ture à la longue-vue des bagues que portent certaines d’entre elles indique des zones de reproduction françaises, allemandes et néerlandaises. Le passage de retour vers les zones d’hivernage s’observe de la mi-août à la mi-septembre.

Groupe de cigognes qui a fait
une petite halte sur le château
d'eau de Cour-Cheverny
le 17 août 2015
En France, la cigogne blanche niche tradi­tionnellement en Alsace sur les habitations. Malgré une protection populaire traditionnelle, l’espèce y a vu chuter ses effectifs de façon drastique dans la seconde moitié du vingtième siècle, la menant au seuil de l’extinction au début des années 70. Des opérations de réintroduction ont alors inversé la tendance. Parallèlement à cela, depuis une trentaine d’années, on assiste à une lente mais régu­lière colonisation d’autres régions françaises, essentiellement de la façade atlantique avec des têtes de pont fortes en Vendée et en Normandie. Il semble que les florissantes populations ibériques soient en grande partie à l’origine de ce mouvement. Les naturalistes ont favorisé la tendance en mettant à la disposition des oiseaux des plate-formes de nidification au sein des vastes étendues prai­riales qu’ils affectionnent. Car ces cigognes là préfèrent mettre un peu de distance entre leur nid et les hommes. Quelques autres cigognes se sont installées sur le littoral méditerranéen et dans le centre-est du pays, à l’image de notre unique zone de reproduction régionale, dans les prairies du secteur du Bec d’Allier. Le mouvement d’expansion de ces populations se poursuivant, il n’est pas impossible que l’espèce devienne ou redevienne nicheuse dans notre département dans un futur difficile à apprécier.
Les quartiers d’hivernage sont Africains. Les oiseaux observés à Cheverny ont ensuite franchi les Pyrénées, emprunté le détroit de Gibraltar, et poursuivi au Maroc jusqu’au Sahel. Avec eux, se sont également enfuis plusieurs des neuf espèces de hérons que l’on peut rencontrer en Sologne. Mais quelques unes restent hiverner. Dans cette période, tout grand échassier aperçu sera donc un héron avec cette caractéristique fondamentale de voler avec le cou replié entre les épaules. Soit un héron cendré, le plus commun, soit une grande aigrette, toute blanche au bec jaune et nouvelle venue dans le paysage. L’aigrette garzette quant à elle présente le même profil mais une taille moindre.

La cigogne noire
Avec beaucoup de chance, vous pourrez observer une seconde espèce de cigogne de même taille, également migratrice, au plumage d’apparence noire, hormis le ventre et les aisselles blancs. La cigogne noire, rare, farouche, discrète, forestière, effectue elle aussi un timide retour dans notre pays en tant qu’espèce nicheuse. Une quinzaine de couples très dispersés y sont aujourd’hui connus, sur­veillés et préservés par les naturalistes et les propriétaires fonciers. Bien qu’on ne l’y ait pas encore observée de façon régulière, les vastes boisements humides solognots constituent à priori pour elle un milieu idéal. Alors, qui sait…


Le Castor - La Grenouille n°31 - Avril 2016

Objectif "Zéro pesticide" à Cheverny

La directive cadre Européenne du 23 octobre 2000 fixe l’objectif d’un « retour à un bon état écologique des milieux aquatiques ».

La loi de février 2014 interdit l’usage des produits phytosanitaires pour les collectivités territoriales au 1er janvier 2017 et la vente aux particu­liers au 1er janvier 2019.
Les pesticides ont une action toxique sur les êtres vivants et entraînent des conséquences graves pour notre santé et notre environnement.
Les communes utilisent encore principalement des herbicides pour l’entretien des espaces communaux.

Des solutions alternatives existent :
- les techniques préventives, qui visent à empêcher la levée de plantes indésirables et à limiter le désherbage (paillages, mise en place de plantes couvre-sols...) ;
- les techniques curatives : manuelles (binette...), mécaniques (rotofil, désherbeur mécanique...) ou thermiques (gaz, vapeur...), qui per­mettent d’éliminer les herbes spontanées.
Daniel Besnard, président du CDPNE,
Lionella Gallard, maire de Cheverny
et Sylvie Mardon, représentante
de Fredon Centre-Val de Loire
La commune de Cheverny s’engage dans la démarche de réduction de l’utilisation de pesticides avec l’accompagnement du CDPNE(1) et de la Fredon-Centre Val de Loire(2) sur les aspects techniques et la sensibi­lisation du grand public et des agents communaux aux dangers des pesticides. Cet accompagnement s’est concrétisé, le 1er mars en mairie de Cheverny, par la signature d’une charte qui précise les engagements de la commune et la nature du partenariat.






(1) CDPNE : Comité Départemental de la Protection de la Nature et de l’Environnement
(2) Fredon CVL : syndicat professionnel reconnu « Organisme à vocation sanitaire ».

La Grenouille n°31 - Avril 2016

La force tranquille du séquoia

Envie d’un séquoia dans son jardin pour se cacher de son affreux voisin ? Pourquoi pas, mais d’ici là...
Il y a quelques semaines un « séquoia Lucas » a été planté dans la plaine du Carroir (peut-être le futur parc du Carroir). Adossé au Conon, il ne fera pas d’ombre aux Courchois pen­dant des centaines d’années. Petit séquoia originaire de Californie (arrivé en éprou­vette en France), planté 2 ans en pot et 2 ans en terre normande, il ne demande qu’à grandir et tester l’évolution de notre climat.

Le 6 mars dernier, la population de Cheverny et Cour-Cheverny était invitée à participer à l’événement organisé par les associations HDBR, Oxygène/La Grenouille et la municipa­lité de Cour-Cheverny.

L’arbre des records
Plantation du séquoia Lucas,
plaine du Carroir à Cour-Cheverny
Il faut imaginer le séquoia 20 ans après sa plantation. Sa croissance varie de 0,50 m à 1 m par an quand les conditions sont favorables. Il est l’arbre qui grandit le plus vite et devient le plus haut, environ 55 m dans notre pays et jusqu’à 100 m en Californie dans son milieu naturel. En France, nous n’avons pas de vieux séquoias : les plus âgés ont au maximum 150 ans, ce qui est jeune pour un séquoia qui peut vivre jusqu’à 2 000 ans en moyenne (une tranche d’arbre de 2 200 ans est exposée au muséum botanique de Paris).
En France, les plus grands séquoias sont sou­vent ralentis par la foudre qui casse leur faîte. Le bois du séquoia, très riche en tanin, résiste à la décomposition. Les champignons s’y installent peu et, de plus, il n’intéresse pas les insectes. L’inconvénient de ce bois : il est cassant.

Il existe deux sortes de séquoia :
- le séquoia sempervirens, appelé séquoia à feuilles d’if (l’allée de la forêt de Cheverny, en direction du Golf). Il peut-être tronçonné à la base et revivre en formant une cépée ;
- le séquoia gigantéum, qui, si on le coupe à la base, cessera de vivre. Il est plus trapu, moins filiforme et devient moins haut que son confrère .
Les séquoias ne craignent pas les feux de forêt. Une chaleur intense peut favoriser la maturation des graines qui peuvent attendre jusqu’à 20 ans la bonne température pour que les cônes s’ouvrent. Le feu n’attaque pas l’écorce de l’arbre qui mesure parfois plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur, selon l’âge de l’arbre.

Le cercle formé autour du jeune séquoia 
préfigure la circonférence de l’arbre à l’âge adulte
Le chef indien Séquoyah (1770-1843), le Cherokee, inventeur de l’alphabet cherokee, est à l’origine du nom de l’arbre en raison de sa force et de sa persévérance. Le Wellingtonia est le premier nom scientifique attribué au séquoia en 1853. Nom déjà donné à une autre plante d’où la nouvelle nomination en 1939.

Les dernières périodes glacières, il y a environ 20 000 ans, ont entraîné la disparition des séquoias en Europe. Encore quelques chiffres : les plus gros séquoias ont des noms de person­nalités. Exemple : général Sherman, un arbre âgé de 3 500 ans, d’un volume de 1 486 m3 pour un diamètre de 10 m et une circonférence de 31 m. Un séquoia plusieurs fois centenaire produit 1 m3 de bois par an. Pendant une vie humaine la circonférence de l’arbre croît de 4 à 5 m.

Le Grillon - La Grenouille n°31 - Avril 2016

Que devient la feuille d'automne ?

L’hiver est là, la feuille se désintègre, elle pourrit. Elle est détruite par des microbes, des moisissures et des vers de terre qui s’en nourrissent. Un peu facile ! 
La feuille est digérée par des bactéries et des champignons, les sucres et les protéines en premier, puis la cellulose et la lignine. La cellulose est la partie pleine de la feuille et la lignine son squelette. Ces deux matières, après décomposition, forment l’humus du sol qui permet la nutrition des autres plantes. 

Une feuille morte est une feuille dont les cellules sont mortes. Les feuilles jouent un rôle important dans le cycle de croissance de l’arbre, dans le cycle du carbone, de l’azote ainsi que pour la pédogénèse des sols. La pédogénèse est l’ensemble des processus (physique, chimique et biologique) qui aboutissent à la formation des sols. Ceux-ci sont enrichis par l’alimentation des vers de terre qui l’aèrent. 

L’humidité, la microfaune, la microflore (bactéries) présentes dans l’environnement influent sur la vitesse de décomposition de la nécro masse foliaire (la masse de matière organique morte présente dans une parcelle donnée). 

La feuille est source de vie, elle régule les températures, nous permet de respirer, nourrit notre alimentation. Elle met de la poésie à nos oreilles, elle attendrit le paysage... 

Le Grillon - La Grenouille n° 30 - Janvier 2016 

En automne, la nature s'habille de couleurs chaudes

L’automne est là, ses champignons, ses châtaignes, ses courges, ses fruits, ses vendanges, les cerfs et leur brame et sur­tout les nouvelles couleurs. Nul besoin d’être artiste pour prendre le temps d’admi­rer les couleurs de fin d’été.


La chlorophylle présente dans les feuilles et source d’énergie pour les arbres va diminuer progressivement pendant l’automne. C’est alors que les autres pigments (les caroté­noïdes) commencent à être visibles et émettent des couleurs jaunes, rouges, brunes et orange. Chaque automne, les arbres doivent s’adapter au froid de l’hiver. Pour ce faire, l’arbre se protège lui-même en tombant dans une sorte d’hibernation qu’il entreprend afin de conserver le maximum d’énergie. Avec la baisse des températures, les canaux qui apportent la sève sont scellés et une couche de cellules de séparation se forme à la base de chaque feuille (le pétiole). Cela crée un « bouchon » qui empêchera les bactéries, les insectes et les champignons de pénétrer dans l’arbre une fois que la feuille sera tombée.
Bientôt, la feuille ne tiendra plus que par des vaisseaux conducteurs de la sève. Un simple coup de vent suffira pour la faire tomber.

L’équinoxe* d’automne (du 21 au 23 sep­tembre) correspond au moment où le jour et la nuit ont des durées égales. Presque 4 minutes de lumière en moins chaque jour, ce qui explique la chute des feuilles par un manque de photosynthèse. On attendra le solstice d’hiver (21 ou 22 décembre, jour le plus court de l’année) pour doucement reprendre de la lumière sur la nuit.

Fin octobre, on observe souvent un redoux de quelques jours, c’est l’été de la Saint-Martin qui prolonge les floraisons.
L’homme peine à maîtriser l’énergie solaire alors que la plante en fait sa source de vie. Il lui a fallu 3 milliards d’années pour transformer l’énergie du soleil en nourriture (chlorophylle). Les plantes, les arbres, éliminent le gaz carbo­nique présent dans l’air et rejettent l’oxygène. Ils jouent un rôle fondamental dans la lutte contre le changement climatique. Grâce à eux, nous respirons ; alors nous devons verdir un maximum toutes les surfaces urbaines afin que les nuages continuent à nous protéger du soleil.

L’automne c’est aussi le vent, la pluie, les écharpes, les rhumes, le doux réchauffement près d’une source d’énergie accompagné d’une boisson chaude... et le ramassage des feuilles pour le compost qui nourrira votre potager de l’été prochain.
Ne pressons pas l’automne, cette douce saison qui endort lentement nos jardins.
*Au moment des équinoxes le soleil se tient exactement à la verticale au niveau de l’équateur.

Le Grillon - La Grenouille n° 29 - Octobre 2015

Les insectes piqueurs et buveurs de sang...

Quel que soit le moment que vous choisissez pour profiter de la nature, une foule de petits animaux ailés vont vite vous accompagner. Vous êtes plein de « bon sang » alors, pourquoi ne pas en donner un peu ?
Il y a trois sortes de piqueurs : celui qui vous pompe le sang, celui qui vous pique pour se défendre et celui qui vous goûte.
Les buveurs de sang sont presque toujours des femelles : qu’il s’agisse des moustiques, des taons, des simulies (petites bêtes d’orage de 3 à 4 mm de long), des puces (c’est différent pour les tiques qui ne sont pas des insectes, 4 paires de pattes). Le matin et le soir sont favorables aux moustiques et aux simulies, les fortes chaleurs de l’après-midi attirent plutôt les taons et leur famille (les tabanidae). Grâce à leur bouche qui se transforme en aiguillon, les buveurs de sang ne consomment ce nectar que pour assurer la maturation de leurs oeufs grâce aux protéines de ce breuvage. Le reste du temps ils se nourrissent du sucre des fleurs. Les simulies nous laissent parfois une petite tache rouge après leur piqûre qui entraîne irritations, démangeaisons, oedèmes… C’est l’anticoagulant injecté par l’insecte qui nous irrite. Les simulies européens ne sont pas vectrices de maladies infectieuses comme c’est le cas dans les pays tropicaux. Il existe des centaines d’espèces de simulies.

Il y a aussi des insectes qui vous piquent pour se défendre, s’ils se sentent prisonniers ou pour protéger leurs colonies. Frelons, guêpes, abeilles ne sont pas agressifs si l’on reste loin de leur nid, ils sont même craintifs. L’abeille meurt après avoir piqué car son dard reste dans notre peau avec sa glande à venin. La guêpe est rapide et parfois voleuse autour de notre table pour attraper un morceau de nourriture pour ses petits. Le frelon se fait discret et évite l’homme. Néanmoins le frelon asiatique est plus agressif et plus venimeux. Chez les fourmis, certaines piquent, d’autres mordent : on évite de se coucher dessus durant la sieste.

Parfois, certains insectes nous piquent mais la douleur disparaît rapidement (il n’y a pas d’injection de leur part). Il s’agit d’un moyen de défense avec leur bouche pointue (punaises…) ou d’une bouche qui suce comme celle des mouches domestiques ou mouches d’étable souvent plus agaçantes que méchantes. N’oublions pas les puces de chats, de chiens, les puces de gazon qui peuvent nous harceler. Mais elles craignent tellement l’eau qu’une douche les fait disparaître de notre corps.

Une bonne tapette à mouches, un peu de fraîcheur dans la maison et on oublie ces méchantes agressions...

Le Grillon - La Grenouille n° 28 - Juillet 2015

La lumière et les chaleurs du printemps

La lumière est de retour, la chaleur arrive doucement pour réveiller la végétation et les petits animaux. Pas de vie sans rythme. Le changement de lumière accélère le mouvement de la sève et fait naître la verdure.

La fourmilière se reconstruit, la reine pond ses oeufs, les ouvrières s’activent pour nourrir leur ville. Les chenilles proces­sionnaires du pin vont des­cendre de leurs arbres et se ca­cher au sol pour se transformer en chrysalides puis en papillons qui pondront en septembre en haut des pins. Si vous avez des souches d’arbres non rési­neux peu gênantes, elles vont abriter les oeufs et les larves des lucanes (cerf-volant) qui deviennent de plus en plus rares. 

Notre grillon chanteur à sang froid est omnivore. La femelle pond plusieurs dizaines d’oeufs très prisés par beau­coup d’insectes. Notre grenouille recherche les points d’eau ensoleillés pour pondre. Ce sont les premiers insectes qui la feront apparaître. L’humidité et la douceur feront coasser les grenouilles mâles pour le bonheur de leurs femelles. Je vous reparle du troglodyte, petit oiseau fouineur dans vos feuilles sèches au pied de vos arbustes. Pour séduire sa femelle, il confectionne plusieurs nids qu’il lui fera visiter après de nombreuses danses nuptiales. L’intérieur du nid est amélioré par madame qui le rendra douillet (mousses, poils, plumes…). Le père ne s’occupe pas des oeufs et de la nourriture mais prend en charge les oisillons dès qu’ils sortent du nid (recherche de nourriture, du gîte nocturne).

L’écureuil est de nouveau très actif. Il consacre 80 % de son temps à manger. Très tôt le matin vous pouvez observer l’écureuil prendre son bain en se roulant dans la mousse couverte de rosée. Puis les poursuites de branche en branche dans les arbres sont spectaculaires, nos amis les acrobates poursuivent une femelle ou chassent un autre mâle.

Plus calme, au sol, on retrouve notre hérisson grignotant des vers de terre, des chenilles, des limaces, des escargots, mais il peut aussi manger des charognes, des fruits, des serpents, des oeufs… Il sort à la tombée de la nuit et rentre à l’aube. À la naissance de deux à dix petits, les épines des jeunes sont enfouies dans leur peau gorgée d’eau pour que la mère ne se blesse pas en mettant bas. Au bout de 2 jours les premiers piquants se dressent.

Pour finir, parlons des rampants. Les escargots, qui avant la reproduction, pratiquent une cour de 2 à 12 heures avant l’accouplement. Selon l’hygromé­trie, l’escargot pondra plusieurs fois avant la mi-juillet (d’où l’interdiction de les ramasser avant la fin de la reproduction).

La lumière étant revenue, tout le monde s’active dans son jardin pour que les fleurs et légumes soient parés pour l’été.

Le Grillon - La Grenouille n° 27 - Avril 2015

L'hiver, la nature s'endort


Votre jardin, qu’il soit peuplé d’une multitude de plantes ou qu’il s’agisse d’une simple cour agrémentée d’un rosier grimpant, d’un buddleia... vous trouverez toujours matière à vous émerveiller.

Prenez le temps de remonter jusqu’à la source. Même si vous ne possédez que quelques spécimens, vous voyagerez sur notre globe et retrouverez les origines. Vos asters proviennent des Etats-Unis, les bergénias de Sibérie, les glycines de Chine ou du Japon… Avec cette information, vous pouvez comparer et imaginer les climats du lointain. Vous savez que le cocotier, les bougainvilliers et tout l’exotisme ne sont pas pour nos jardins trop frais.

Tous les jardins regorgent d’activité et de vie : les bourgeons prêts à éclore, les insectes, les petits animaux, les champignons, les écorces,… La feuille et ses processus de transformation sont à la base même de la vie. Notre atmosphère dépend des feuilles qui l’alimentent en oxygène (la chlorophylle absorbe les radiations rouges et bleues de la lumière, mais réfléchit les vertes ce qui explique sa couleur).

Pourquoi de nombreuses plantes perdent-elles leurs feuilles l’hiver ? C’est une stratégie pour subsister contre le gel qui peut former des cristaux glacés dans les cellules. Sans feuilles, la circulation sève montante et descendante est presque arrêtée. Une concentration de sucre dans la sève peut abaisser la congélation.

Sous les feuilles tombées, il y a toute une vie ralentie. Les fourmis aussi disparaissent parfois à plus d’un mètre en sous-sol. Le dôme extérieur qui sert d’isolant finit même par s’écrouler car abandonné. La température à l’intérieur de la fourmilière est constante, toutes les ouvertures sont rebouchées. Une fourmilière peut exister de nombreuses années au même endroit.

Le lucane cerf-volant est lui aussi absent l’hiver mais pour une autre raison. Vous savez qu’avant sa transformation, il est larve pendant 3 ans et bel insecte pour un été seulement donc impossible à voir l’hiver. Notre grillon est lui aussi enfoui sous les feuilles à attendre la chaleur. Mais rares sont les adultes qui passent l’hiver. Ce sont les jeunes naissances de l’été qui se reproduiront l’année suivante.

Pas d’insecte ! et notre grenouille que mange-t-elle ?
Dans des gîtes d’hivernage, plus ou moins creux selon l’espèce, elle attend que la douceur revienne, dans la vase, sous l’eau, dans des trous du sol ou sous les feuilles. Durant 4 à 6 mois, aucune nourriture, les échanges métaboliques sont réduits au maximum. Ses amis lézards, salamandres, crapauds, serpents font de même.

Vous connaissez un petit oiseau gros comme une souris, un fouineur infatigable : le troglodyte. Les froids intenses lui sont fatals s’il ne trouve pas une larve d’insecte, une araignée, une chenille. Il est l’un des rares oiseaux à se regrouper pour dormir. Ainsi, on peut voir une dizaine d’individus rassemblés la nuit pour se réchauffer.

Pas loin d’eux, l’écureuil s’active quelques heures à la tombée de la nuit. Il cherche ses réserves et grignote quasi exclusivement les graines des pommes de pin. Rassasié, il gîte dans un trou d’arbre ou construit son propre abri de branches et feuilles à l’extérieur, mousses et herbes à l’intérieur. Lorsqu’il fait 0°C dehors il peut faire jusqu’à 20°C à l’intérieur, il limite ainsi la déperdition de chaleur corporelle car il n’y a pas de sommeil hivernal.

Le gîte du hérisson est lui aussi fait de matières végétales. Il se roule en boule, la température de son corps s’abaisse, les battements de son coeur diminuent et sa respiration se ralentit. Il entrecoupe son sommeil hivernal de sorties lorsque le temps se réchauffe, puis il retourne dans son gîte.

Un autre petit animal doit s’enterrer : l’escargot meurt dès les premières gelées s’il n’a pas pris ses précautions en s’isolant sous un morceau de bois ou en se cachant sous la terre. Ses amies les limaces sont moins fragiles, certaines sont même capables de geler et dégeler et de continuer à grignoter.

Comme tous ces petits animaux, nous aussi nous aimons que le soleil se presse et que le printemps revienne vite !

Le Grillon  - La Grenouille n°26 – Janvier 2015

Brebis Solognotes Chemin des Béliers

Prenez la route de Bracieux à partir de Cour- Cheverny....

Chemin des Béliers, en limite de Cour-Cheverny
Après quelques kilomètres, sur la gauche, le chemin des béliers marque la limite avec la commune de Tour-en-Sologne. Chaque hiver et jusqu’aux agnelages, on peut observer dans les prés qui la bordent de curieux moutons à toison beige et tête châtaigne. La finesse de la tête, l’absence de cornes, l’encolure bien visible et la toison ouverte sur les dessous sont d’autres caractéristiques de la race solognote. Les agneaux naissent noirs puis s’éclaircissent progressivement.


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Les quelques individus qu’il y a là appartiennent à une race dont l’histoire est en relation étroite avec celle de la Sologne depuis des siècles. Apte à consommer la végétation difficile des queues d’étangs aussi bien que celle des zones séchantes, la Solognote a été façonnée par ce pays tout autant que par les générations d’éleveurs qui surent en tirer parti. Mais la rationalisation de l’agriculture durant le vingtième siècle, pire encore ses difficultés économiques locales, firent drastiquement reculer cet élevage. En 1963, on ne comptait plus que 2 000 brebis et, quelques années plus tard, des éleveurs proposèrent le premier plan national de sauvegarde d’une race ovine. L’élevage a été optimisé au niveau technique et au niveau des croisements entre troupeaux. Les effectifs ont depuis légèrement progressé. La Solognote est une rescapée.

Certes la Solognote se distingue par des qualités objectives, notamment au niveau de la qualité gustative de sa chair, présentée comme particulièrement goûteuse, qui peuvent motiver des éleveurs. Mais on sent bien que ces professionnels éclairés ont aussi été guidés par des motivations autres, comme préserver une petite partie de l’histoire locale, de la mémoire des anciens, en définitive une petite partie d’un patrimoine commun. Dans notre monde d’uniformisation, cette sauvegarde de races locales au sein de nombreuses espèces s’appuie sur des motivations scientifiques, culturelles, mais aussi écologiques.

Quelques mots sur la notion de race

Il s’agit, au sein d’une même espèce et donc ici le mouton, de lignées progressivement sélectionnées par le milieu et les éleveurs. La notion géographique est la plus ancienne et fait le lien entre les caractères des animaux et leur région d’élevage. Les modes d’élevage et de sélection qui y sont pratiqués résultent d’une longue expérience inaugurée dès la période néolithique, puis transmise et amplifiée au cours des âges. Dès l’Antiquité, les moutons d’Ionie, en Grèce, sont réputés pour la beauté de leur toison. A en croire Homère, les chevaux de Thrace ou de Phrygie sont appréciés pour leur endurance. De tout temps, l’Homme a présidé à l’évolution de ses animaux, leur faisant subir de multiples et profondes transformations. La stabilité des formes et des aptitudes de certains d’entre eux s’est maintenue sur de longues périodes dans beaucoup de régions, souvent pour des raisons d’isolement économique ou géographique.

Notre Solognote appartient à une race locale, mais, de plus, à une race rustique.

Cette notion revêt aujourd’hui une importance particulière, notamment pour les gestionnaires d’espaces naturels qui recherchent des brouteurs endurants demandant peu de soins. Ces races ont en effet conservé l’aptitude à passer la totalité de leur cycle biologique en plein air intégral, sans grand besoin d’apports complémentaires ou d’abris. Il ne s’agit pas de mauvais traitements mais de l’utilisation de capacités naturelles de lignées génétiques étant restées assez proches de leur souche sauvage. Cette notion, cependant, a parfois de la peine à être admise et acceptée dans notre société de plus en plus éloignée des réalités du vivant.
On l’a vu, la Solognote sait se contenter de végétations peu appétentes, souvent clairsemées et la sélection lui a conservé les longues jambes qui font d’elle une bonne marcheuse. Elle s’est même forgé la réputation parmi les moutons d’avoir une attirance particulière pour les ligneux qui ont toujours tendance à envahir les prairies…

Voilà donc motivé, s’il en était besoin, l’intérêt écologique de la sauvegarde des races domestiques rustiques. L’intérêt scientifique va de pair, avec le maintien de génomes intégrant et transmettant des aptitudes ou des formes qui composent une réelle biodiversité du vivant domestique. À l’échelle du monde, ce «patrimoine de l’humanité» est énorme. Il s’amenuise malheureusement depuis des décennies et sans l’intervention d’éleveurs locaux avisés, notre Solognote aurait aujourd’hui rejoint la Millery, la Lauragaise ou encore la Poitevine au Panthéon de la trentaine de races ovines françaises disparues.

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Une fois n’est pas coutume : La Grenouille ose passer le chemin des Béliers pour pénétrer sur la commune voisine de Tour-en-Sologne.

Passé le centre bourg, dans les prés attenants au château de Villesavin aux ponts d’Arian, voici une autre race domestique rustique, bovine cette fois. Des Highland cattle, originaires d’Ecosse. La race est intimement liée aux taureaux blancs qui vivaient à l’état sauvage dans les forêts primitives et les hautes terres de ce pays. Elle en a gardé maints caractères, dont bien sûr ces longues cornes horizontales. C’est une race de petite taille, 450 kilos pour des animaux adultes. Rien à voir donc avec les carcasses des meilleures races bouchères modernes, comme la Charolaise, qui en pèsent plus du double. Mais la qualité remarquable de sa viande persillée en fait un produit de luxe capable de combler une partie de la différence. Et là encore une totale rusticité est au rendez-vous, permettant et facilitant l’élevage sur des terrains ingrats, notamment humides. La race est elle aussi utilisée pour l’entretien de marais et autres zones humides à forte valeur patrimoniale, comme certains marais de la haute Cisse, au nord de Blois. Et elle aussi participe à la préservation et à la transmission d’un patrimoine génétique remarquable forgé par des millénaires d’élevage.

Pour les Chevernois et les Courchois, les races domestiques rustiques peuvent aussi être le thème d’une petite sortie hivernale…


 Le Castor  - La Grenouille n°26 – Janvier 2015